Sommaire
VOBREDIM est l’acronyme du processus de design permacole formalisé par les formateurs français de permaculture à partir des travaux de Mollison et Holmgren. Chaque lettre correspond à une phase indispensable — dans l’ordre, sans sauter d’étapes. C’est la différence entre un jardin qui fonctionne et un jardin qui épuise son créateur.
V — Vision : Qu’est-ce que je veux vraiment ?
Avant de toucher à la terre, posez-vous trois questions fondatrices :
- Quel est mon objectif principal ? (autonomie alimentaire partielle, biodiversité, lieu de détente, production de plantes médicinales)
- Combien de temps par semaine puis-je réellement y consacrer ? (soyez honnête — surestimer son disponibilité est la première cause d’abandon)
- Dans 5 ans, à quoi ressemble mon jardin idéal ?
Écrivez ces réponses. Elles deviendront votre boussole quand les décisions de design deviendront difficiles.
Un jardin conçu sans vision claire devient rapidement un jardin subi. La vision est le filtre qui vous permet de dire non aux bonnes idées qui ne correspondent pas à votre contexte.
O — Observation : Lire avant d’écrire
Observez votre terrain pendant au moins une saison complète, idéalement une année entière. Ce que vous cherchez à cartographier :
Les flux d’énergie
- Soleil : relevez l’ombre portée des bâtiments et arbres existants en été et en hiver (différence dramatique)
- Vent : d’où vient-il selon les saisons ? Quelles zones sont protégées ? Quelles zones sont exposées ?
- Eau : où s’accumule-t-elle après une pluie forte ? Quelles zones sèchent en premier ?
Le sol et la végétation existante
Notez les plantes spontanées (elles vous informent sur la composition du sol), la texture de la terre en différents endroits, les zones de compaction, les zones de matière organique naturelle.
B — Bordures : Maximiser les zones de contact
En écologie, les zones les plus riches en biodiversité sont les lisières — les zones de contact entre deux milieux différents (forêt/prairie, eau/terre, ombre/soleil). Le design permacole maximise ces bordures intentionnellement.
Concrètement : préférez des planches courbes aux planches droites, plantez en spirale d’aromatiques plutôt qu’en rangées, créez des micro-habitats variés (tas de pierres, mare, tas de bois mort) qui multiplient les niches écologiques.
R — Ressources : Inventaire de ce que vous avez
Listez toutes vos ressources avant d’en acheter de nouvelles :
- Ressources naturelles : eau de pluie récupérable, soleil, vent, végétation existante, faune locale
- Ressources matérielles : outils disponibles, matériaux de récupération, budget
- Ressources humaines : vos compétences, le réseau voisinage/famille, le temps disponible
- Ressources d’information : semenciers locaux, groupes de jardinage du quartier, associations de permaculture proches
É — Évaluation : Analyser les données collectées
C’est l’étape de synthèse. Sur votre plan de base (même un simple croquis à main levée), reportez toutes vos observations :
- Tracez les couloirs de soleil par saison
- Indiquez les zones humides / sèches / à vent
- Notez les accès naturels (chemins que vous empruntez spontanément)
- Identifiez les problèmes à résoudre (zone d’eau stagnante, zone de ronces, mur trop ombragé)
D — Design : Concevoir sur le papier
Seulement maintenant, après toutes les étapes précédentes, vous posez votre design sur le papier. Commencez par les éléments permanents et coûteux à déplacer (arbres, structures, accès, systèmes d’eau), puis les semi-permanents (haies, zones de compost), enfin les éléments mobiles et annuels (potager, couverts).
Règle d’or : concevez de haut en bas et du permanent vers l’annuel. L’ordre inverse produit des jardins incohérents qu’il faut reconfigurer chaque année.
I — Implémentation : L’ordre des travaux
Démarrez toujours par la gestion de l’eau (terrassement si besoin, récupération des eaux de pluie, drainage des zones gorgées). Ensuite les accès et structures permanentes. Puis les plantations ligneuses (arbres, haies). Enfin le potager annuel.
Ne démarrez pas tout en même temps. Un secteur bien fini vaut mieux que cinq chantiers simultanés abandonnés.
M — Maintenance : Concevoir pour moins travailler
Un bon design diminue la charge de travail à chaque saison. Cela signifie : mulch permanent, plantes qui s’autosèment, systèmes d’arrosage par gravité, zones de compostage sur place. Si votre jardin demande plus de travail chaque année, le design n’est pas encore bon.